jeudi 8 novembre 2018

Psychiatrie: Interview de Simone, Objectifs 5, automne 1985

https://generalsemantics4all.wordpress.com/2018/11/07/psychiatrie-interview-de-simone-objectifs-5-automne-1985/
Lire en ligne à http://www.inter-zone.org/obj5.html

ou dans le document original Objectifs 5 en pdf
 
http://www.inter-zone.org/Objectifs5.pdf

Tënk & Mediapart: « Le Sous-bois des insensés, une traversée avec Jean Oury »

Photo:   Tënk« Le Sous-bois des insensés », Martine Deyres, 89 minutes, 2015
 
https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/culture-idees/pour-l-accueil-de-la-folie-avec-jean-oury

Par Tënk & Mediapart
Cliquer sur le lien ci-dessous pour voir la vidéo:
 
Celui qui s’entretient avec Martine Deyres est un vieux monsieur. Il a créé, il y a 60 ans, la clinique de La Borde, lieu majeur de la psychiatrie du XXe siècle, là où Gilles Deleuze et Félix Guattari ou encore l’écrivaine Marie Depussé ont aussi travaillé. Aujourd’hui, elle compte 107 lits d’hospitalisation. Dans Le sous-bois des insensés, Jean Oury parle de l’accueil des psychotiques et des structures aliénantes, autant pour les patients que pour les soignants. Décapant, à l’heure où les professionnels de la psychiatrie se mobilisent pour préserver une certaine qualité du soin.
Le sous-bois des insensés a été tourné peu avant la mort de Jean Oury, décédé en mai 2014 à l’âge de 90 ans. Dans cet entretien d’une heure et demie (que nous vous proposons en partenariat avec le site de VOD Tënk), le psychiatre laisse courir sa pensée. Sautant de récits en métaphores, de colères en impertinences, il déroule librement ce qu’à ces yeux doit être un établissement dédié aux psychotiques : un endroit où se déploie une « polyphonie de soins », où l’on « travaille l’ambiance » et où « l’important n’est pas ce qu’on dit, mais la manière dont on le dit ». Sans ce souci du lien entre les personnes, l’établissement « a très vite fait de devenir un camp », prévient Jean Oury. Un documentaire proposé en écho au débat que nous avons organisé récemment sur la crise que traversent actuellement les hôpitaux psychiatriques.

Le sous-bois des insensés, France, 2015, 89 minutes // Auteure-réalisatrice : Martine Deyres // Image : Jean-Christophe Beauvallet // Son : Martin Boissau, Olivier Hespel, Marianne Roussy // Montage : Catherine Catella, Martine Deyres // Production & diffusion : Les Films du Tambour de Soie, TV Tours Val de Loire.
 
https://fr-fr.facebook.com/sousboisdesinsenses/
https://www.tenk.fr/fous-a-delier/le-sous-bois-des-insenses.html

 

dimanche 14 octobre 2018

Al Winans: EARLY MORNING INSOMNIA WALK


https://www.facebook.com/AD.Winans


EARLY MORNING INSOMNIA WALK
I rise at six AM to walk the streets
slow-step my way past a coffee house
a lone worker preparing a caffeine fix
for zombie trance workforce


Make my way to the Mission District
bars soon to open for the Living Dead
old men slumped over bar stools
eyes vacant as cattle being
led to the slaughterhouse

Half-Indian Sarah stands on the corner
of 16th Street in search of a fix
ignores the police cruiser
with the last of the cowboy cops
looking for a shoot-out at the OK Corral

Got me the slow walk blues
got me a pair of worn down shoes
pawn shop a-calling young couple balling

God's messenger with a billboard on his back
looks for Jesus finds nothing but punks
hanging out at the corner parking lot
dropping a dime for the undercover narc's
one step closer to Nirvana
down in the streets of Havana

small time two-bit goons
straight out of Looney Tunes
lean against a battered Buick looking like
an old-time drive-in movie marquee

I walk past closed down Burlesque House
flashback to my childhood
the Lone Ranger and Terry and the Pirates
eaten by locusts and crazed rats

The smell of fall in the air
strips my senses bare while down in North Beach
the last of the Italians wages war with Asian clan
in a territorial dispute over who owns
the rights to the boccie ball courts

no more will I be an agent for
the demons camped inside my head
let them write their own poems

walking these streets is wearing me down
I keep slipping into the past in a failed attempt
to communicate with the future

my life has become a marathon walk
leading me to endless coffee shops
taken over by expressionless aliens
with laptop computers and cell phones

I rise each morning like a prisoner waiting
on the executioner's gun
the years hung out to dry like
wet laundry on a frail clothesline
 

William Burroughs: 'Don't Hide The Madness' - William S. Burroughs in conversation with Allen Ginsberg.

https://www.facebook.com/Burroughs100/

New book release 'Don't Hide The Madness' - William S. Burroughs in conversation with Allen Ginsberg.



Coming out next week ( on Tuesday) – and much anticipated – Don’t Hide The Madness – William S Burroughs in Conversation with Allen Ginsberg., from 1992, a documentary record of the meeting of two great minds.

More at  https://allenginsberg.org/2018/10/sat-oct-13-dont-hide-the-madness/

samedi 13 octobre 2018

Monsieur B: les pronoms – Enquête sur "des voix dans la tête"

 

Extrait de « Psychiatrie : le Carrefour des impasses »
à paraître chez Interzone Editions
 
(La retranscription de l’enregistrement contenue dans ce chapitre a été réalisée pour la première fois en anglais, en 1982, pour William Burroughs, qui s’intéressait aux discours des schizophrènes entendant des voix dans leurs tête, et effectuait une recherche sur les voix enregistrées par Constantin Raudive et les travaux de Julian Jaynes sur l’esprit bicaméral: voir les chapitres Ça appartient aux concombres : au sujet des voix enregistrées de Raudive, Essais, tome I, 1981, et Freud et l’inconscient, Essais, tome II, 1984, Christian Bourgois Editeur.)
            Monsieur B était un homme d’une cinquantaine d’années. De taille moyenne, il était vêtu au fil des ans d’une veste chinée défraîchie à dominance beige et de pantalons de costume dépareillés. Ses cheveux gris clairsemés étaient coiffés en arrière. Il portait souvent, été comme hiver, un feutre marron.
            Il était arrivé à l’hôpital dès l’ouverture de ce dernier, flanqué de l’étiquette de schizophrène. L’asile départemental où il était interné depuis une quinzaine d’années l’avait transféré dans le cadre de la sectorisation pour qu’il soit rapproché de sa famille. Il avait en effet une femme et deux filles qui habitaient dans les environs, mais n’avaient jamais donné signe de vie depuis son arrivée.
            Les premiers temps, l’hôpital étant ouvert, il avait tenté quelques promenades à pied jusqu’à la ville, promenades qu’il agrémentait d’une halte dans un café pour y boire un verre de vin. A son retour dans le service, il se reprochait tellement son attrait pour les boissons alcoolisées, bien qu’il n’eût jamais bu au point d’être ivre, qu’il mit un terme à ses sorties.
            Depuis, il se cantonnait dans l’enceinte de l’hôpital. Les jours de beau temps, il allait prendre le soleil sur le parking. Ses activités se bornaient à la fréquentation de la cafétéria et à la rédaction de quelques rares articles destinés au journal intérieur à l’établissement dont il gardait précieusement un exemplaire de chaque numéro dans sa chambre. Il en possédait la collection complète. Il finit par interrompre cette occupation et, s’il continuait à acheter le journal, il en cessa la lecture, disant que, comme il ne lisait pas tous les articles, il redoutait la vengeance de ceux qu’il négligeait, leur attribuant une vie et une volonté propre.
            Sa propension à boire du café avait engendré entre le personnel et lui des relations basées sur le contrôle de sa consommation de cette boisson. Comme d’autres hospitalisés, il l’utilisait pour combattre les effets de ses médicaments et emplissait généralement son bol d’une quantité de café égale sinon supérieure au volume d’eau. Devant les limites qui lui étaient posées, il réagissait par de faibles protestations, puis s’en allait en marmonnant, l’air résigné, regagnant sa chambre ou le radiateur du service auquel il s’adossait, observant les allées et venues et chantonnant de temps à autres. Sa discrétion et sa docilité en avaient fait un des oubliés du service. Ses relations avec les psychiatres se bornaient à une poignée de main quotidienne.
            Il entretenait avec les autres hospitalisés des contacts la plupart du temps courtois; avec certains il évoquait son passé dans l’armée, la deuxième guerre mondiale qui l’avait entraîné en Allemagne puis en Tunisie, bien avant ses premières relations avec la psychiatrie. Il ne supportait cependant pas que d’autres outrepassent les limites qui lui étaient fixées en matière de consommation de café et n’hésitait pas à dénoncer les éventuels goulus au personnel présent, adoptant la mimique d’un enfant cafteur : « Monsieur, il y a Untel qui boit tout le pot de café dans la cuisine! »
            Monsieur B était un homme poli, déférent même. A l’égard du personnel il adoptait l’attitude du subalterne devant son supérieur hiérarchique, la tête penchée en avant, le regard rivé au sol, n’omettant jamais de terminer ses phrases par un respectueux « Monsieur » ou « Madame ».
            Des petits faits de la vie courante, qui paraîtraient insignifiants à la plupart des gens, tenaient pour lui une grande importance. Fumeur, il lui arrivait de solliciter ou de donner du feu. A chaque fois il notait scrupuleusement sur un petit carnet le nom de la personne avec qui il avait eu cet échange et lui en rendait compte régulièrement : « Vous me devez, ou, je vous dois X fois du feu. » Quand son interlocuteur s’en étonnait, il répondait en disant que le fait de donner du feu n’était pas négligeable, qu’un sou est un sou, que les bons comptes font les bons amis et qu’il ne voulait pas devoir quoi que ce soit à quiconque.
            Il passait ses journées à réfléchir et à observer. Il s’exprimait peu. Je l’entendis une fois parler de son épouse. Il n’avait jamais cessé de l’aimer et, bien que très peiné du fait  qu’elle ne lui donne pas de nouvelle, il l’en excusait,  attribuant son silence à sa maladie : « Je ne suis qu’un pauvre fou. », disait-il. Il avait recouvert les murs de sa chambre de phrases écrites au crayon de papier dédiées à sa femme : « J’aime plus que plus que des trilliards de fois Madame B. » Un jour elle demanda le divorce et l’obtint, sans avoir revu son mari.
            Monsieur B. s’était retiré du monde des vivants et les propositions qui lui étaient faites de promenades ou de sorties au cinéma se heurtaient immanquablement à un refus : « Non, madame, je ne peux pas y aller, mes pronoms ne sont pas d’accord. » Je tentai plusieurs fois d’en savoir plus, lui demandant des explications sur ces mystérieux pronoms, sans succès. Il bredouillait alors quelques phrases inaudibles et s’en allait en chantonnant, coupant court à la conversation. Aucun soignant ne savait exactement ce qu’ils représentaient pour lui, si ce n’est qu’ils semblaient jouer un rôle négatif. Un jour, alors que je lui présentais ses médicaments, il me dit : « Ce n’est pas moi qu’il faut soigner, madame, ce sont mes pronoms. » Puis il s’éloigna, l’air préoccupé.
            J’aimais bien Monsieur B.. J’appréciais sa courtoisie et m’efforçais de m’adresser à lui avec une égale politesse. Quant aux limites que ma fonction d’infirmière m’intimait de lui poser, je les lui expliquais en prenant en compte son état de santé. Bien que peu convaincu, il était content que je mette les formes et répondait en hochant la tête, l’air résigné : « Je comprends, madame, je comprends. » Quand je prenais mon travail, il quittait son radiateur pour venir me donner une poignée de main et, soulevant son chapeau de l’autre, il ne manquait pas d’accompagner son salut d’une révérence que je lui rendais. Son visage s’animait alors d’une expression de connivence amusée. Après plusieurs années, nous entretenions des relations tacites de respect mutuel et de complicité.
            De temps en temps, il venait dans le bureau le soir après le dîner alors que je compulsais ou remplissais des dossiers et que les autres personnes étaient couchées ou regardaient la télévision. Il s’asseyait et, échangeant parfois quelques mots de l’ordre du passe-temps, passait une heure en ma compagnie. Je lui proposai de profiter de cette heure creuse pour discuter un moment  avec lui comme il m’arrivait de le faire avec d’autres hospitalisés, et lui dis que je me tenais à sa disposition au cas où il désirerait m’entretenir de sujets qui lui tenaient à cœur.
            Un beau soir, il entra dans le bureau et, de son ton de rapporteur, il dit : « Madame, il y a un de mes pronoms qui ne veut pas croire que le pape est polonais. » C’était la première fois qu’il me demandait d’intervenir dans son domaine. Je décidai de jouer le jeu et, rentrant dans le rôle de l’inspecteur  recueillant la déposition du plaignant, je résolus d’enquêter sur les fameux pronoms. J’enclenchai le magnétophone que je portais avec moi de temps en temps. La conversation qui suit est la fidèle retranscription du dialogue que nous eûmes alors. C’est, à ma connaissance, la première fois que Monsieur B. accepta de livrer des explications détaillées sur ce qu’il vivait et de dresser une carte de son territoire intérieur.
* * *
 
(en raison de la longueur de la retranscription de l’enregistrement, lire la suite dans le site d’Interzone Editions)

vendredi 12 octobre 2018

L’île logique / N°72 : Vieux


http://ilelogique.fr/index.php/y-a-pas-riens

Pilouface, les clowns scientifiques

Bonjour à tous,
pour les inquiets de l’Alsace, soyez rassurés, le camion va bien, il a même visité L’Irlande cet été…
Quelques nouvelles de L’île logique :
Plusieurs interventions prévues en 2018 :
– 9 octobre : Pilouface à St Pierre la cour (Mayenne)- 11 octobre à 14h et à 21h : Pilouface à Toulouse (centre culturel Henri Desbals)
– Du 20 au 23 octobre retrouvez L’île logique au congrès de l’APMEP
– 23 octobre : Pilouface à Sanguinet (Bordeaux)
– 6 novembre, spectacle clownesque « Galois Poincaré mythes et maths » à Orléans (Université)
– 9 novembre : Où ai-je ma tête ? à 18h à la médiathèque de Plescop (56), dans le cadre du festival Clown hors Piste.
– 14 novembre : Un océan de Plastique à Vannes (Kercado) 15h.
– 17 novembre : un océan de plastique à Theix-Noyalo, 14h, dans le cadre du festival Clown Hors Piste.
2019 :
– 15 janvier, l’Affaire 3.14 à Montluçon
– 22 janvier, Université Bretagne Sud de Vannes, conférence sur clown et mathématiques
– du 4 au 8 mars, L’île logique part à l’étranger !! L’affaire 3.14, ou ai-je ma tête ?, Pilouface, des ateliers théâtre et sciences, pour la semaine des maths à Casablanca, et peut-être Madrid…
– 29 mars : « Partons ici même » à Decazeville
– « Y a pas rien » du 6 au 10 mai dans le finistère
– Du 15 au 17 mai, ateliers théâtre et sciences en Mayenne
– et plusieurs options non validées encore, au festival « I love sciences » de Bruxelles, Clermont-Ferrand, Cahors, Perpignan, Brest, Nantes…

Certains de ces spectacles ne sont pas ouverts au public, mais, à titre individuel, n’hésitez pas à me contacter si vous envisagez d’y venir !!

Enfin, toujours à faire circuler sans modération :

– L’île logique co-organise la dixième édition du festival Clown hors Piste du 16 au 18 novembre prochain à Theix (56)
– Il nous reste encore des livres « A l’endroit de l’inversion« , petit essai en clownologie mathématique (préfacé par Cédric Villani et Bertil Sylvander)
– Et puis, si vous connaissez des gens riches pour co-produire une série audiovisuelle burlesque mais rigoureuse sur les mathématiques n’hésitez pas…

Recontextualisation :

Suite à la récente petite polémique au sujet du prix Nobel de Physique 2018 Gérard Mourou (que je félicite sincèrement) et d’un clip « non scientifique » dans lequel il apparaît sur une chanson de L’île logique (« Où qu’il aille ELI », je leur avais donné des droits d’exploitation), je voulais témoigner, à la décharge de Gérard Mourou, que lorsque le projet ELI qu’il coordonnait (projet de laser ultra puissant associant le CNRS, l’École Polytechnique et l’ENSTA) a décidé de communiquer, ils l’ont fait de façon certes burlesque et artistique mais surtout dans un esprit de vulgarisation scientifique sérieuse, L’île logique avait en effet monté à leur demande une création théâtrale burlesque scientifique expliquant les principes de l’effet laser que nous avions jouée au Grand Palais (spectacle « A quoi ce laser ? » qui contenait plusieurs chansons dont la-dite chanson). Aussi, l’inclination de Gérard Mourou à utiliser le théâtre et la musique pour communiquer autour du projet ELI était-elle essentiellement scientifique, pédagogique et rigoureuse dans la démarche initiale ; ce n’est qu’ultérieurement qu’ils ont décidé d’utiliser notre chanson pour faire réaliser par Lucioles production ce clip « non scientifique » qui fait polémique. C’est sans doute un peu dommage de ne retenir aujourd’hui que ce dernier choix malheureux…

N°72 : Vieux
Les vieux,
les vieux qui mettent encore de la naphtaline sous les draps pliés en quatre,
les vieux qui disent bicyclette et pas vélo,
les vieux qui se souviennent de l’entre-deux guerre,
les vieux qui savent recharger un poêle à bois, qui disent automobile,
vieux en sabots, vieux qui se souviennent de la Vehrmacht,
vieux qui ont râlé contre les yéyés, installé le capitalisme, pas connu le chômage,
vieux qui recousaient la pendule et remontaient des jupons
vieux qui portaient des corsages
– là, il faut dire vieilles, ou alors c’est caché, tard le soir…
Et puis vieux pour qui le masculin l’emporte,
vieux qui avaient le temps,
Vieux qui s’appelaient Charles ou pas,
vieux des tréteaux, très tard…
vieux vieux.
On a changé de vieux,
aujourd’hui on a des nouveaux vieux,
ce n’est pas qu’ils ne soient pas anciens, ces nouveaux vieux avec leur téléphone portatif, non, ils sont vieux certes, mais nouveaux…
ce qui est bien dans les nouveaux vieux c’est qu’il se souviennent le mieux des anciens vieux.
la roue tourne, si ça se trouve je prends de l’âge
chacun son tour, on est tous le vieux d’un autre
les vieux volent le passé, ils partent avec
alors il faut parler avec les vieux
Les vieux changent-ils ou sont-ils toujours les mêmes ?
Le vieux d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui,
Et certains Charles soutiennent le rap.
des pinces à vélo, qui parlent encore en sous,
Aujourd’hui, quand on est en haut, ce n’est plus une afficheil n’y a pas plus de poussière sur les vieux que sur les jeunes
un vieux vivant est toujours plus jeune qu’un jeune mort, on est plus vieux que n’importe quel vieux le jour où on meurt
vieux ça veut dire qu’on est proche de la mort ? Non, vieux ça veut dire vivant depuis longtemps
Emmenez-nous encore, Charles éternel !

merci de votre soutien,

Cédric

mardi 9 octobre 2018

Interview de Michel Foucault par Nicole Brice, 31 Mai 1961, radio diffusé sur France Culture

Par Nicole Brice, 31 Mai 1961, radio diffusé sur France Culture.
Retranscription : Isabelle Baudron (1985)
Première publication:  Objectifs 5, Automne 1985.
A lire également sur l’histoire de la folie dans le site Gallica Mœurs intimes du passé…. Série 3 / docteur Cabanès
Auteur : Cabanès, Augustin (1862-1928).
 
Michel Foucault était un philosophe considéré comme un des intellectuels contemporains les plus marquants. Son œuvre, considérable, traite de la vérité, du savoir, de la morale et de la politique. Il a écrit également une « Histoire de la sexualité ». Il s’est engagé politiquement à côté de ceux que la société a marginalisés. Il s’est d’abord intéressé aux origines de la médecine, et en particulier de la psychiatrie. Son livre « Histoire de la Folie à l’Age Classique » en témoigne. Il nous en parle dans cet entretien avec Nicole Brice, qui date du 31 Mai 1961, radio diffusé sur France Culture.
(Le sens des mots soulignés est précisé dans l’explication du texte ci-dessous.)
 
« Il m’a semblé que la folie était un phénomène de civilisation aussi variable, aussi flottant que n’importe quel autre phénomène de culture, et c’est au fond en lisant des livres américains sur la manière dont certaines populations primitives réagissent au phénomène de la folie que je me suis demandé s’il ne serait pas intéressant de voir comment notre propre culture réagit à ce phénomène.
Il y a des civilisations qui l’ont célébrée, d’autres qui l’ont tenue à l’écart; il y en a d’autres qui l’ont soignée, mais ce sur quoi je voulais insister c’est précisément sur le fait que soigner le fou n’est pas la seule réaction possible au phénomène de la folie. Je crois que parmi les fous il y a des gens aussi intéressants que chez les normaux et également autant qui sont inintéressants. Il n’y a pas de culture sans folie et c’est ce problème absolument général des rapports d’une culture avec la folie que j’ai voulu étudier sur un cas précis, c’est-à-dire sur les réactions de la culture classique à ce phénomène qui paraît si opposé au rationalisme du dix-septième siècle et du dix-huitième siècle et qui est la folie.
Je crois que le dix-septième siècle représente précisément un tournant: avant le dix-septième, en tout cas jusqu’au début du dix-septième, jusqu’à l’âge baroque à peu près, le fou a une existence entièrement libre. Il était en quelque sorte à la surface de la culture et il y vivait d’une présence extraordinairement visible. Il y avait des fêtes des fous, il y avait tout un théâtre consacré à la folie, le fou lui-même avait une place dans la littérature, il y avait une iconographie de la folie, c’est Jérôme Bosch, c’est Bruegel également; bref, on peut dire que le seizième siècle et le début du dix-septième siècle ont été surplombés par le thème de la folie comme la fin du seizième et le début du quinzième l’avaient été par la hantise de la mort. A ce moment-là, la folie était un phénomène tellement institutionnel et reconnu que certains fous, et l’un d’entre eux en particulier qui s’appelait Bluet d’Arbères, ont publié leurs œuvres, ou plutôt des gens ont publié pour eux des textes tout à fait extraordinaires, absolument illisibles d’ailleurs, et qui servaient de distractions. C’étaient des poèmes, c’étaient des histoires, c’étaient des romans et au fond jusqu’à un certain point, le Don Quichotte de Cervantès peut s’inscrire dans toute cette grande tradition de la littérature de la folie ou de la littérature sur la folie.
 
             
 
Illustrations tirées de Mœurs intimes du passé…. Série 3 / docteur Cabanès
 
Et je crois que toutes les familles ont toujours été de tous temps très ennuyées d’avoir des fous. Chaque village, chaque quartier, les villes, avaient leurs fous qui étaient entretenus, qui étaient soignés, qui étaient jusqu’à un certain point honorés. Mais justement je crois que ce qui a commencé à faire changer le statut du fou, c’est à partir du moment où la famille sous sa forme bourgeoise a pris dans la société une grande importance.
 
Et c’est au dix-septième siècle, quand les normes économiques de la vie ont changé, à l’époque du mercantilisme, que le fou, personnage oisif, personnage qui dépensait de l’argent et qui ne rapportait rien, le fou est devenu terriblement encombrant. Et la sensibilité sociale à la folie a changé en fonction, me semble-t-il, de ces phénomènes économiques.
 
A notre époque, notre culture est une culture dans laquelle tout le phénomène de la folie a été confisqué par la médecine. Pour nous, un fou c’est un malade mental. Or cela n’a pas été vrai de tous temps. Le fou, au dix-septième et au dix-huitième siècles, n’était pas un malade mental, c’était avant tout un asocial. On enfermait les fous avec d’ailleurs bien d’autres asociaux dans des sortes d’asiles. C’étaient les hôpitaux généraux en France et là, on les faisait travailler. On les faisait travailler à de grandes entreprises, à des manufactures où on leur faisait fabriquer par exemple de la toile, de la corde, etc. et ils avaient un rôle réel dans la vie économique. Cela a changé, là encore, pour beaucoup de raisons; avant tout, je crois pour des raison économiques, quand on s’est aperçu que ces grandes institutions où l’on enfermait les fous avec tous les oisifs, tous les pauvres, tous les mendiants, tous les vagabonds, avec les libertins, les homosexuels, avec les prostituées, etc., quand on s’est aperçu que ces vastes institutions ne correspondaient au fond à aucune utilité véritable. On s’est aperçu qu’elles coûtaient de l’argent, qu’elles retiraient de la circulation une main d’œuvre qui était utilisable, alors à partir de ce moment-là on a supprimé toutes ces institutions, ou plutôt on en a chassé tous ceux qui n’étaient pas fous. Et maintenant les fous occupent les asiles, c’est-à-dire qu’ils sont maintenant les seuls à résider dans ces lieux d’internement qui avaient été aménagés pour bien d’autres aux dix-septième et au dix-huitième.
 
Je crois qu’actuellement il y a un phénomène très important qui se passe depuis Nietzsche, depuis Raymond Roussel, depuis Van Gogh, depuis Artaud surtout, la folie est redevenue ou commence à redevenir ce qu’elle était aux quinzième et au seizième siècles, c’est-à-dire un phénomène de civilisation extraordinairement important. Et, de même que la folie avait été au seizième siècle, début du dix-septième siècle, chargée de porter en quelque sorte la vérité, de l’exprimer dramatiquement, eh bien il semble que maintenant la folie retrouve un petit peu de cette mission, et qu’après tout, une part de la vérité contemporaine, de la vérité de la culture contemporaine, a été proférée par des gens qui étaient à la limite de la folie ou qui faisaient de la folie l’expérience la plus profonde comme Roussel, Artaud. »
 
Michel Foucault
 
Explication du texte
 
Phénomène de civilisation: ce sont les événements qui se produisent à un moment donné dans une société donnée. Par exemple, en France actuellement, on parle du vieillissement de la population comme d’un phénomène de civilisation. Cela veut dire que les gens vivent plus vieux qu’autrefois, en moyenne jusqu’à 77 ans, parce qu’ils sont mieux nourris et mieux soignés. Mais cela n’est pas vrai dans tous les pays. Dans certains pays pauvres, comme le Togo, en Afrique, les gens ont une espérance de vie de 35 ans.
Primitif: qui est d’une civilisation peu évoluée sur le plan technique.
Civilisation: Ensemble de caractères propres à une société donnée. En 1985, en France, nous vivons dans la société industrielle occidentale.
Michel Foucault s’interroge sur la façon dont on considère la folie dans notre société, notre pays. Il a lu des livres sur la façon dont d’autres peuples, d’autres sociétés, la vivent. Il pense que la folie existe dans tous les pays, mais il s’est aperçu que l’attitude des gens par rapport à la folie était différente selon les sociétés auxquelles ils appartiennent. Il a également étudié la façon dont on la considérait autrefois dans notre pays, et il s’est aperçu que cela dépendait des époques.
Culture: c’est l’ensemble des aspects intellectuels d’une civilisation: la philosophie, la littérature, les sciences et l’art.
Culture classique: elle correspond au règne de Louis XIV (le Roi Soleil), au 17ième siècle.
Rationalisme: courant de pensée influencé par Descartes (1596-1650), le père de la logique cartésienne. Les philosophes rationalistes rejettent toute autre autorité que celle de la raison, et refusent toute croyance religieuse. A la fin du 17ième siècle, le cartésianisme va détruire l’art classique et l’esprit religieux. La folie perd alors sa dimension religieuse (au moyen âge, les fous étaient les envoyés de Dieu, ou du diable à l’époque de l’inquisition) pour devenir l’opposé de la raison, la dé-raison.
Tournant: époque où les événements changent de direction.
Age baroque: se dit de la littérature française sous Henri IV (1589-1610) et Louis XIII (1610-1643) caractérisée par une grande liberté d’expression: les gens pouvaient écrire ce qu’ils voulaient sans être inquiétés.
Iconographie: étude des diverses représentations figurées d’un sujet. A cette époque, des peintres, des écrivains, travaillaient sur la folie qui était alors un phénomène important.
Jérome Bosch: peintre hollandais (1450-1516) qui a peint des sujets fantastiques ou symboliques.
Pietr Bruegel: peintre flamand (1525-1569) considéré comme l’héritier de Bosch.
Surplombé par: dominés par. A cette époque (16ième siècle et début du 17ième), les artistes réfléchissaient et travaillaient principalement sur le thème de la folie.
Hantise: peur obsédante. A la fin du 14ième et au début du 15ième, les gens étaient surtout préoccupés par l’idée de la mort, de la fin du monde. Il y avait alors beaucoup de guerres et d’épidémies de peste.
Un phénomène institutionnel: la folie était alors un phénomène reconnu officiellement par la société; les fous n’en étaient pas rejetés, ils jouaient un rôle important.
S’inscrire dans: faire partie de.
La famille sous sa forme bourgeoise: au 17ième siècle; la bourgeoisie devint la classe la plus influente alors qu’auparavant les nobles étaient plus puissants.
Mercantilisme: doctrine des économistes des 16ième et 17ième siècles tendant à procurer à l’état les moyens d’obtenir les richesse
La sensibilité sociale à la folie: la façon dont les gens ressentent la folie, leurs réactions par rapport à elle.
Asocial: qui n’est pas adapté à la vie en société.
Oisif: personne sans profession, qui ne travaille pas.
Libertins: c’étaient des gens qui, au 17ième siècle, tendaient à se libérer de l’influence des religions. Ils furent combattus par Richelieu.
Nietzsche: philosophe allemand (1844-1900). Il a remis en question les valeurs et la morale de son époque. Dans son livre le plus célèbre, « Ainsi parlait Zarathoustra », il fait parler un surhomme à l’esprit libre qui crée de nouvelles valeurs. Atteint de paralysie générale et considéré comme fou, il fut interné en 1889 puis soigné par sa famille.
Les valeurs d’une époque: ce qui est considéré comme vrai, beau, bien, par une société, à une époque donnée. Les valeurs ne sont pas toujours les mêmes, elles changent selon les sociétés et les époques.
Raymond Roussel (1877-1933): écrivain français. Il écrivit des ouvres poétiques et des pièces de théâtre. Considéré comme maniaco-dépressif. Son œuvre a été revendiquée par les Surréalistes. Mort d’une intoxication aux barbituriques.
Van Gogh: célèbre peintre et dessinateur hollandais (1853-1890). Il s’installe à Arles en 1888 où il fut interné, souffrant d’hallucinations. Il se suicida en 1890.
Antonin Artaud: écrivain français (1896-1948). Dans son œuvre poétiques, il tenta de rendre compte de son expérience d’accéder aux sources profondes de la pensée. Il souffrit de déséquilibre mental dès son enfance. Il rejoignit les Surréalistes puis se consacra au théâtre. Dans ses « Correspondances », il parle de ses hospitalisations, de ses souffrances et de ses relations avec les médecins. (« Lettres de Rodez ») et il remet en question la notion de folie. Il fut aussi un acteur de talent.
Dramatiquement: tragiquement.
Proférées: dites.
Publié dans « Objectifs 5 », Automne 1985.

Jean-Louis Baudron: Cut-ups et collages: Le Repeuplement de la Mer

Le Repeuplement de la Mer
 
Jean-Louis Baudron: Cut-ups et collages: https://www.facebook.com/jeanlouis.baudron