lundi 18 février 2008

Nova Planet: Christian Bourgois, l’aventurier de l’édition

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Christian Bourgois, l'aventurier de l'édition
Laurent Sapir - 20.12.07

Il a publié en France Soljenitsyne, Burroughs et Salman Rushdie. Christian Bourgois est décédé ce jeudi 20 décembre des suites d'un cancer.

Enfant de la bourgeoisie d'Antibes, Christian Bourgois rêve d'intégrer Normale-Sup, mais son père s'y oppose, considérant l'école comme un nid de gauchistes. Bourgois ira à Science-Po et en sortira second de sa promo (devant Jacques Chirac); puis, il entrera à l'ENA... qu'il quitte au bout d'un an. Il peut alors donner libre cours à sa passion des livres et, dès 1959, travaille comme éditeur aux côtés de René Julliard. Il devient l'un des éditeurs les plus réputés de France.

Editant sans comité de lecture ni d'autre directeur littéraire que lui-même, il fait découvrir en France Fernando Arrabal, Allen Ginsberg, William Burroughs, Antonio Lobo Antunes, Jim Harrison, Boris Vian, Alain Robbe-Grillet, Ezra Pound, Bob Dylan, Toni Morrison (prix Nobel), Salman Rushdie, Susan Sontag et les principales figures de la Beat Generation.

Notre journaliste Laurent Sapir l'avait rencontré en Novembre 2005. Interview:

Quelle est votre recette, Christian Bourgois, pour avoir réussi à publier tant de talents ?

Ma recette, c'est mon bon plaisir! Je joue sur les mots mais j'ai toujours publié des livres pour mon propre plaisir. Il y a une phrase de Borgès que j'aime beaucoup : « J'écris pour ma femme, pour quelques amis, et pour adoucir l'usure du temps ».

Vous restez un passionné de la littérature-monde ?

C'est vrai que la littérature française contemporaine m'excite, m'intéresse, et me plaît moins que les littératures étrangères d'auteurs encore inconnus ou peu connus. Je n'ai aucun mépris à l'égard de ces auteurs français, simplement, à propos d'un auteur dont on parle quand même énormément comme Houellebecq, je me dis que je n'appartiens pas au même monde... Quand je parle de monde, je parle de monde littéraire bien sûr. Ce qui m'intéresse chez Houellebecq, c'est les efforts qu'il fait pour se débarrasser de tout ce qui est pour moi la fiction, l'épaisseur romanesque, le charme... Pour moi, cet univers de clones et de tourisme sexuel, c'est un univers qui ne m'intéresse pas un instant. Ce sont des livres qui me tombent des mains.

Il vous a fallu par ailleurs un certain courage pour publier Les Versets sataniques de Salman Rushdie.

J'ai publié Les Versets Sataniques parce que j'avais signé un contrat avec un auteur que je ne connaissais pas. Les menaces étaient à la fois très précises et très imprécises, très quotidiennes, et, j'ose le dire maintenant, pour moi complètement surréalistes par certains côtés. Je suis l'homme le plus agnostique du monde, je ne savais même pas ce que voulait dire le mot fatwa... Je me suis dis que si je ne publiais pas les Versets Sataniques, j'avais une bonne raison: je mettais en cause la sécurité et la vie de ma famille et de mon entourage. Sauf qu'à ce moment là, soit je publiais les Versets Sataniques, soit j'arrêtais de faire de l'édition...

Vous êtes passionné par la littérature étrangère, et en même temps vous n'avez pas vraiment un comportement de nomade.

Publier des livres, c'est écouter des voix, c'est découvrir des voix. Je me suis intéressé à des écrivains comme William Burroughs, Allen Ginsberg, ou Jack Kérouac, et j'ai quand même publié plusieurs livres alors que je n'étais fasciné ni par leur homosexualité, ni par l'usage qu'ils faisaient de certaines substances plus ou moins interdites, ni par leur passion pour la route, pour le voyage. Ce qui m'a intéressé, c'était la voix de Ginsberg, la voix de Burroughs, la voix de Kérouac. Je ne sais pas conduire, je suis allé à New-York pour la première fois à l'âge de 50 ans! Effectivement, je voyage dans les textes, et cela me suffit.

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